Travaux · 10 min de lecture

Rénover son restaurant sans trou dans la couverture

Rafraîchir la salle, refaire la cuisine, agrandir la terrasse : un chantier redessine votre restaurant et, le temps des travaux, votre profil de risque. Entre l'assurance des artisans et la vôtre, qui répond de quoi ?

En bref

  • Artisans : RC pro pour tous, décennale pour ceux qui touchent au bâti. Attestations en main avant le premier jour.
  • Votre contrat : déclarez le chantier à votre assureur, il modifie le risque (15 jours pour le faire).
  • Dommages-ouvrage : à trancher avant l'ouverture du chantier dès que les travaux touchent au gros œuvre.
  • Coactivité : rester ouvert impose balisage, flux séparés et parfois un plan de prévention écrit.
  • Après chantier : réception avec réserves, puis capitaux réévalués pour éviter la sous-assurance.

Un restaurant se rénove régulièrement : mise aux normes de l'extraction, nouveau concept de salle, cuisine refaite, réparation après un sinistre. Ces chantiers se mènent souvent sans fermer complètement, et c'est là que les choses se compliquent. Trois assurances se superposent : celle des entreprises qui interviennent, la vôtre en tant qu'exploitant, et parfois une garantie propre au chantier.

Savoir qui répond de quoi évite deux écueils fréquents : payer un dommage qui incombait à un artisan que l'on n'a pas vérifié, ou découvrir au premier sinistre que le restaurant embelli est assuré sur ses anciennes valeurs. Ce guide déroule les réflexes à avoir avant, pendant et après les travaux, avec un exemple chiffré.

Qui assure quoi pendant le chantier

Le principe est simple : chacun répond de ses fautes et de ses ouvrages. L'entreprise qui casse, inonde ou blesse engage sa responsabilité civile ; celle qui construit mal engage sa garantie décennale ou biennale ; vous, exploitant, restez responsable de vos clients, de vos salariés et de vos biens. La difficulté est qu'un même événement mobilise souvent plusieurs contrats à la fois.

Le tableau ci-dessous résume les situations les plus courantes dans un restaurant en travaux. Il donne le contrat qui intervient en premier, sachant que votre assureur peut ensuite se retourner contre l'assureur du responsable.

SituationContrat qui joueÀ vérifier
Le plombier perce une canalisation, la cave est inondéeRC pro de l'entreprise (ou votre multirisque, qui exerce ensuite un recours)Attestation RC pro en cours de validité
Un client trébuche sur un câble du chantier en salleVotre RC exploitation, parfois partagée avec l'entrepriseBalisage et séparation des zones
Un départ de feu lors d'une soudure en cuisineRC pro de l'entreprise et votre garantie incendiePermis de feu, extincteurs en place
Fissures dans la nouvelle dalle six mois aprèsDécennale de l'entreprise, ou dommages-ouvrage si souscriteAttestation décennale du lot concerné
La hotte neuve tombe en panne au bout d'un anGarantie biennale de bon fonctionnement de l'installateurDate de réception des travaux
Vol de matériel neuf stocké en salle la nuitVotre garantie vol, si le chantier a été déclaréConditions de fermeture des locaux
Fermeture prolongée après un dégât causé par le chantierVotre perte d'exploitation, puis recoursDurée d'indemnisation du contrat

Tableau indicatif : les garanties exactes dépendent des contrats en présence et des circonstances du sinistre.

Ce schéma suppose que tout le monde est assuré. Si un artisan ne l'est pas, ou plus, votre assureur indemnise ce qui relève de votre contrat, mais le recours contre l'entreprise se heurte à son insolvabilité. D'où l'importance de la première étape : les vérifications avant le premier coup de marteau.

Avant le chantier : les 6 vérifications

À dérouler au moment de signer les devis, pas la veille de l'arrivée des ouvriers.

  1. 1

    Réclamer les attestations de chaque entreprise

    RC pro pour toutes, garantie décennale pour celles qui touchent à la structure, au clos et couvert ou aux équipements indissociables (gaines d'extraction, réseaux encastrés, chape). Les artisans du bâtiment doivent mentionner leur assurance décennale sur leurs devis et factures.

  2. 2

    Lire les attestations, pas seulement les collecter

    Vérifiez le nom de l'entreprise, les dates de validité couvrant la durée du chantier et surtout les activités déclarées : un électricien assuré pour l'électricité ne l'est pas pour la plomberie qu'il propose de faire « en plus ».

  3. 3

    Déclarer les travaux à votre assureur

    Le Code des assurances (article L113-2) impose de déclarer les circonstances nouvelles qui aggravent le risque, dans les 15 jours où vous en avez connaissance. Un chantier d'ampleur en fait partie : matériaux stockés, protections démontées, présence de tiers.

  4. 4

    Trancher la question de la dommages-ouvrage

    Si les travaux touchent au gros œuvre ou créent un ouvrage, la souscription doit intervenir avant l'ouverture du chantier. Après, c'est trop tard pour cette opération.

  5. 5

    Obtenir l'accord du bailleur

    La plupart des baux commerciaux soumettent les travaux touchant aux murs, à la façade ou aux réseaux à l'autorisation du propriétaire, qui peut aussi exiger les attestations des entreprises. Notre article sur le bail commercial et l'assurance détaille ces clauses.

  6. 6

    Organiser la sécurité si vous restez ouvert

    Quand des entreprises extérieures interviennent là où travaillent vos salariés, le Code du travail impose une inspection commune préalable des lieux et, selon les cas, un plan de prévention écrit (voir plus bas).

La dommages-ouvrage : obligatoire, utile ou superflue ?

L'assurance dommages-ouvrage préfinance la réparation des désordres de nature décennale, ceux qui compromettent la solidité du bâtiment ou le rendent impropre à sa destination, sans attendre qu'un expert judiciaire ou un tribunal désigne le responsable. Pour un restaurant, dont chaque semaine de fermeture coûte cher, cette rapidité est le vrai intérêt du contrat.

Elle ne concerne pas les travaux de décoration ni le simple rafraîchissement : peinture, changement de mobilier, nouveau revêtement de sol collé ou remplacement d'un équipement posé ne relèvent pas de la décennale. En revanche, une ouverture de mur porteur, une extension, la création d'une mezzanine, une reprise de dalle ou une réfection lourde de la toiture entrent dans son champ.

Ce que dit la loi

L'article L242-1 du Code des assurances impose à toute personne qui fait réaliser des travaux de construction en qualité de propriétaire de l'ouvrage de souscrire une dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier. Sont dispensées les personnes morales de droit public et les grandes entreprises dépassant certains seuils, pour des locaux non destinés à l'habitation. L'assureur doit se prononcer sur le principe de la garantie dans les 60 jours suivant la déclaration de sinistre, puis présenter une offre d'indemnité dans les 90 jours.

Locataire ou propriétaire des murs : qui la souscrit ?

La loi vise le propriétaire de l'ouvrage. Si vous êtes propriétaire des murs, la question est vite réglée. Si vous êtes locataire et que vous réalisez à vos frais des travaux de structure autorisés par le bailleur, la situation se discute au cas par cas : faites préciser dans l'autorisation de travaux qui souscrit la dommages-ouvrage, et demandez un devis avant de signer ceux des entreprises.

Électricien installant une hotte d'extraction dans une cuisine de restaurant en rénovation
Raccordement d'une nouvelle hotte : l'installateur doit être assuré pour cette activité précise, et la hotte relèvera ensuite de sa garantie de bon fonctionnement.

Rester ouvert pendant les travaux : la coactivité

Continuer à servir pendant que les ouvriers travaillent en cuisine ou dans une partie de la salle crée une coactivité : clients, salariés et entreprises se partagent les lieux. Votre responsabilité civile d'exploitant reste engagée envers les clients, et vos obligations d'employeur envers vos salariés. L'assureur regardera, après un accident, si le chantier était correctement isolé.

Lorsque des entreprises extérieures interviennent dans vos locaux, le Code du travail impose une inspection commune préalable des lieux (article R4512-2) et, si les activités interfèrent, un plan de prévention arrêté avant le début des travaux. Ce plan doit être écrit dès que l'opération dépasse 400 heures de travail sur douze mois ou qu'elle comporte des travaux dangereux (article R4512-7).

Isoler la zone de chantier

Cloison provisoire ou bâche, balisage visible, accès interdit au public. Une zone en travaux accessible aux clients est la première cause de mise en cause de la RC exploitation.

Séparer les flux

Entrée des ouvriers et des matériaux distincte de celle des clients quand c'est possible, horaires de livraison de chantier hors service.

Encadrer les points chauds

Soudure, découpe, chalumeau : exigez un permis de feu, une surveillance après les travaux et des extincteurs à portée. Beaucoup de contrats incendie l'imposent.

Protéger l'hygiène alimentaire

Poussière et gravats ne doivent pas atteindre les zones de préparation. Un chantier en cuisine ouverte impose souvent de fermer le service ou de déplacer la production.

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Sinistre pendant les travaux : qui indemnise ?

En pratique, le réflexe est le même que pour tout sinistre : déclarer à votre propre assureur dans le délai prévu au contrat, sans attendre de savoir qui est responsable. C'est lui qui organise l'expertise et, si l'entreprise est en cause, se retourne contre son assureur. Notre guide pour déclarer un sinistre de restaurant reprend les étapes et les pièces à fournir.

Dégât des eaux causé par un artisan

La RC pro de l'entreprise couvre les dommages causés à vos biens. Votre multirisque peut vous indemniser plus vite puis exercer un recours. Faites constater les dégâts contradictoirement, photos datées et présence de l'artisan si possible.

Incendie parti du chantier

Votre garantie incendie joue pour vos locaux et votre matériel, la RC de l'entreprise répond de sa faute. Si votre contrat imposait un permis de feu et qu'il n'a pas été établi, attendez-vous à une discussion sur la garantie : c'est la clause la plus souvent oubliée. Les précautions sont détaillées dans notre article sur l'incendie au restaurant.

Client ou salarié blessé

Le client se retourne vers l'exploitant : votre RC joue, quitte à rechercher ensuite la part de responsabilité de l'entreprise. Pour un salarié, c'est un accident du travail, et l'absence de mesures de prévention peut aggraver la responsabilité de l'employeur.

Fermeture pour travaux ≠ sinistre

Une fermeture que vous avez programmée pour faire les travaux n'est jamais indemnisée en perte d'exploitation : ce n'est pas un événement accidentel. Seule une fermeture causée ou prolongée par un sinistre garanti (incendie, dégât des eaux) peut l'être. Vérifiez la durée d'indemnisation de votre perte d'exploitation avant le chantier.

Exemple chiffré : la cuisine refaite et oubliée

Une brasserie de 80 couverts

La brasserie déclarait 90 000 € de matériel et d'aménagements. Elle refait entièrement sa cuisine pour 70 000 € : la valeur réelle passe à 160 000 €, mais le contrat n'est pas mis à jour. Huit mois plus tard, un dégât des eaux endommage pour 40 000 € d'équipements.

Capitaux déclarés au contrat
90 000 €
Valeur réelle au jour du sinistre
160 000 €
Dommage subi
40 000 €
Rapport capitaux / valeur réelle
90 / 160 = 56 %
Indemnité après règle proportionnelle
≈ 22 500 €

Faute d'avoir réévalué ses capitaux, l'exploitant supporte lui-même environ 17 500 €. C'est l'application de l'article L121-5 du Code des assurances : quand la valeur assurée est inférieure à la valeur réelle, l'assuré reste « son propre assureur » pour l'excédent, sauf clause contraire du contrat.

Après les travaux : réception, garanties et capitaux

La fin du chantier ouvre les garanties des entreprises et doit déclencher la mise à jour de votre contrat.

  1. 1

    Prononcer la réception par écrit

    La réception est l'acte par lequel vous acceptez les travaux, avec ou sans réserves (article 1792-6 du Code civil). Notez chaque défaut visible au procès-verbal : c'est le point de départ de toutes les garanties.

  2. 2

    Connaître les trois délais

    Un an de garantie de parfait achèvement pour les défauts signalés, deux ans de garantie de bon fonctionnement pour les équipements dissociables (hotte, chambre froide posée), dix ans de décennale pour la structure et ce qui rend le local impropre à son usage.

  3. 3

    Réévaluer les capitaux assurés

    Matériel, agencements, embellissements : transmettez à votre assureur la valeur des travaux, factures à l'appui. C'est la seule protection contre la règle proportionnelle de l'exemple ci-dessus.

  4. 4

    Mettre à jour la description du risque

    Nouvelle surface, nombre de couverts, terrasse agrandie, passage au gaz ou à l'électrique : ces changements modifient la multirisque restaurant et parfois votre RC pro.

  5. 5

    Archiver le dossier de travaux

    Devis, factures, attestations d'assurance des entreprises, procès-verbal de réception : conservez-les au moins dix ans. En cas de désordre décennal, ce sont les pièces qu'on vous demandera.

À retenir

Les assurances des artisans protègent leurs ouvrages, pas votre fonds de commerce. Votre contrat à vous doit suivre le chantier du début à la fin : déclaration avant, vigilance pendant, réévaluation après.

4 pièges à éviter

Payer l'artisan sans attestation

Faire intervenir une entreprise sans vérifier sa RC pro et sa décennale, c'est accepter de porter le risque à sa place. Cinq minutes de vérification avant de signer changent tout au litige.

Croire que la multirisque suit sans rien dire

Un chantier modifie le risque. Ne pas le déclarer expose, en cas de sinistre, à une indemnité réduite en proportion de la prime qui aurait dû être payée (article L113-9 du Code des assurances).

Laisser le public approcher la zone de travaux

Un client blessé près d'un échafaudage non balisé met directement en cause votre responsabilité d'exploitant, quelle que soit la faute de l'entreprise.

Garder les anciens montants

Une rénovation valorise le fonds. Repartir sur les capitaux d'avant, c'est être sous-assuré dès le lendemain de la réouverture.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande sur l'assurance d'un restaurant en travaux.

Qui doit être assuré pendant des travaux dans mon restaurant ?

D'abord les entreprises intervenantes : chaque artisan doit disposer d'une RC pro et, pour les travaux touchant la structure ou le clos et couvert, d'une garantie décennale. En tant qu'exploitant, vous restez responsable de vos clients et de vos salariés : déclarez le chantier à votre assureur et récupérez les attestations avant le début des travaux.

Ai-je besoin d'une assurance dommages-ouvrage ?

Pour des travaux de construction (gros œuvre, extension, reprise de structure), la loi impose au propriétaire de l'ouvrage de la souscrire avant l'ouverture du chantier (article L242-1 du Code des assurances). Un simple rafraîchissement ou des travaux de décoration ne sont pas concernés. Si vous êtes locataire, faites préciser qui la souscrit dans l'autorisation du bailleur.

Ma multirisque restaurant couvre-t-elle la période de travaux ?

Pas forcément à l'identique. Un chantier modifie le risque : matériaux stockés, protections démontées, présence de tiers. Vous devez le déclarer dans les 15 jours (article L113-2). Une fois informé, l'assureur peut maintenir le contrat, ajuster la prime ou poser des conditions, comme un permis de feu pour les travaux par point chaud.

Que se passe-t-il si je reste ouvert pendant les travaux ?

La coactivité augmente le risque d'accident et votre responsabilité. Isolez la zone, séparez les flux et organisez avec les entreprises l'inspection commune des lieux prévue par le Code du travail ; un plan de prévention écrit est exigé au-delà de 400 heures de travaux sur douze mois ou pour les travaux dangereux.

Suis-je indemnisé si les travaux m'obligent à fermer ?

Pas pour une fermeture programmée : ce n'est pas un sinistre. En revanche, si un sinistre garanti survenu pendant le chantier (incendie, dégât des eaux) provoque ou prolonge la fermeture, la perte d'exploitation peut jouer, dans les limites de votre contrat.

Dois-je revoir mon assurance après la rénovation ?

Oui. Des travaux qui valorisent la cuisine, l'agencement ou la décoration augmentent la valeur à assurer. Sans mise à jour, la règle proportionnelle réduit l'indemnité au prorata des capitaux déclarés. Transmettez les factures à votre assureur dès la réception des travaux.

Combien de temps dure la garantie des travaux réalisés ?

Trois garanties se succèdent à partir de la réception : un an de parfait achèvement, deux ans de bon fonctionnement pour les équipements dissociables, dix ans de garantie décennale pour la solidité et l'usage du local. Conservez le procès-verbal de réception et les attestations des entreprises.
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